Software is eating the world

17 ans après cette annonce, les faits n’ont pas démenti cette boulimie, et toutes les organisations en ont intégré le sens profond : pas de performance ni de compétitivité sans excellence dans la production de services numériques.

Ici, une Digital Factory fait fonctionner plusieurs pizza teams selon les canons de l’agile et du DevOps. Là, des programmes de sensibilisation à l’échelle de l’entreprise diffusent la culture agile et reprennent les codes des startups dans leur communication, le style de management jusqu’à l’aménagement du lieu de travail.

Les services IT ont acquis les bons réflexes et les compétences qui leur manquaient dans toutes les dimensions : lean management, obsession client, valorisation de la donnée. Toutes ces pratiques et ces technologies enthousiasment les plus jeunes, les plus connectés et les plus au fait de la manière dont travaillent les startup et ces entreprises, autrefois startup, qui ont su croître jusqu’à devenir les géants que nous copions tous.

La conversion des départements IT au modèle Lean Startup est en bonne voie, et c’est une bonne nouvelle !

Mais cette révolution touche-t-elle toute l’entreprise ? Dans la phrase “Software is eating the world”, “world” est à prendre au sens littéral : les départements internes de l’entreprise sont concernés au même titre que le grand public, parce que toutes les activités de l’entreprise seront enrichies par la maîtrise de l’informatique. Il ne s’agit donc pas seulement de proposer aux clients finaux de l’entreprise des services digitaux, mais aussi de révolutionner la manière dont est produite la valeur proposée à ces clients. Prenons deux exemples, qui montrent le lien entre investissement technologique et productivité : le niveau d’automatisation des entrepôts logistiques d’Amazon et les algorithmes Über qui leur font prédire à quel moment vous allez avoir besoin d‘une course. Dans les deux cas, on comprend que des spécialistes “métiers” se sont penchés sur les problèmes à résoudre.

Le style de management autoritaire imposé par certains patrons de géants du numérique ne doit pas faire oublier l’extraordinaire capacité d’innovation que ces organisations recèlent. Cette force ne peut provenir de la seule maîtrise technique de l’informatique : pour révolutionner la logistique, la distribution énergétique ou le marketing hôtelier, ces entreprises ont pu compter avec les professionnel(le)s les plus exigeants de chacune de ces disciplines. Et c’est l’implication de chacun de ces professionnel(le)s qui seule peut assurer le succès de la démarche. Pour que la transformation digitale soit complète, il faut donc que ces collaborateurs deviennent des équipiers à part entière des équipes informatiques.

Pas de produit sans client, ni de service sans utilisateur

Impliquer l’utilisateur est d’ailleurs un des fondamentaux de la méthode Agile : pour déterminer son besoin, en modélisant l’utilisateur et en modélisant son intervention sous la forme de “Voix du Client”. Et pour tester le produit à chaque étape de sa réalisation, sous forme de tests très ritualisés.  A tel point que la priorisation des tâches de l’équipe de développement doit suivre scrupuleusement l’ordre de priorité déterminé par l’utilisateur - ou par son représentant au sein de l’équipe.

On le voit, il n’y a pas de doute de l’intérêt de l’implication des utilisateurs du point de vue de l’équipe de développement, avec l’idée d’un paiement en retour par une plus grande pertinence. Mais l’intérêt de cette implication est doublé par le bénéfice qu’à l’organisation à débrider la créativité de ses collaborateurs : en mettant dans le cockpit ses utilisateurs, en leur faisant comprendre que les ressources informatiques sont au service de leur imagination, l’organisation fait le pari qu’elle va trouver des leviers de productivité sans équivalent. D’une part, parce que ses utilisateurs vont exiger de mettre en oeuvre les solutions qui leur conviennent vraiment, et d’autre part parce que les activités de développements vont se concentrer sur les tâches importantes.

La performance, l’enjeu fondamental de l’engagement

On a vu l’importance d’engager tous les collaborateurs de l’entreprise, et pas seulement ceux liés aux activités de développement. Pour être efficace, cet engagement doit être bien plus qu’une adhésion : on n’attend pas des collaborateurs d’une entreprise d’être des exécutants ni des spectateurs. Ils sont enrôlés parce que l’on compte sur eux pour avoir des idées originales, et suffisamment d’énergie pour les mettre en oeuvre.

 

L’enjeu de l’engagement des utilisateurs n’est donc pas limité à la productivité des équipes agiles : cet engagement est l’indicateur clé de la digitalisation, et une des conditions nécessaires à son succès.